Modza sait maintenant parer la Mort et cette femme
maigrelette au bassin étroit sans cheveux. Une femme qui a trop
connu le bol de soupe au bout d’une chaîne, qui supplie d’une
voix faible. Elle veut se pelotonner avant de mourir, une seule fois
dans sa vie, un cœur simple. Alors Modza le soldat Français
a un geste de pitié. Après avoir caressé les épaules
nues, il nettoie les ongles noirs et fabrique une perruque de crins qu’il
ajuste au crâne de ce pauvre cadavre. Et comme pour remercier l’embaumeur
de cadavres, une petite fossette sourit encore sur le visage de cette
morte qui a dit : « Dieu est Amour, comme le fleuve » ?
A l’abri dans son portefeuille, Modza garde une
photo de femme. Cette flambloyante vêtue d’un léger
chemisier blanc, les bretelles du soutien gorge glissent le long
de ces épaules
dénudées. Dangereuse possession, cette photo !