C’est inhabituel, la fille regarde Modza un peu gênée
comme hypnotisée. C’est elle qui lui donne la main, sans
le savoir c’est un passeport intérieur qu’elle lui
vend.
Modza a ce brusque et quasi hystérique désir d’être
humain. Devant la façade de l’hôtel sans chichi la
fille marque un temps d’arrêt. Avant d’entrer, elle
tend le cou à droite, à gauche. Comme une poule qui cherche
son perchoir. A l’intérieur, c’est une grande pièce
et tout de suite l’escalier. Modza voit s’approcher une guenon
de femme qui pue. Elle tend la main et attends l’argent. C’est
une condition sine qua non pour fouler le terrain amoureux. Les marches
de l’escalier craquent. Le couple pénètre dans une
petite pièce assez sombre. Avec beaucoup de soins, la fille ôte
ses bas transparents. Modza s’écarte pour ne pas gêner
les gestes. Elle chausse des mules de satin rose. Modza l’embrasse
sur le front et dans un souffle cherche les lèvres. Une personne
du trottoir n’embrasse jamais sur les lèvres – à cause
des sentiments bien à elle qu’elle offre ailleurs – Modza
montre des yeux de loup en retard d’affection. Bonne fille, elle
ne néglige pas les niaiseries.
Il y a des cheveux que volent, des maladresses, des mouvements
de hanches. Et pourtant c’est la fille qui l’embrasse à pleine
bouche. C’est une valse délicieuse, une extase. Modza l’embrasse
comme jamais il n’a embrassé, avec une force gigantesque,
l’explosion d’une passion trop longtemps étouffée,
un truc à en oublier tous les serments.
Ils sentent, savent, veulent, unis, perdus, fondus en un seul
corps. Elle cambre doucement la taille. Modza respire dans les cheveux
une odeur d’herbes odoriférantes. Ses lèvres glissent
sur le cou. Respirer la peau d’une femme, ça laisse une odeur
inoubliable.