Pas généreuse la Patrie, avec Danielle Modzalewskaïa.
Peu importe la manière dont elle s’exprime, l’Armée ne se reconnaît coupable
de rien. Qu’importe les procès russes truqués, les années de goulag, la
peau du soldat français
Modzalewsky imprimée au fer rouge…
Le Général se délasse, pieds nus, contemplant les arabesques des flammes. Il
déteste les Russes, à un degré pathologique, ce type qui a acquis l’expérience
de la haine, ne se mets plus de gants depuis belle lurette. La guerre pour lui
c’est comme une satisfaction diabolique.
Elle se présente un soir à la porte, Dania Modzalewskaïa, les dossiers sous le
bras et ses yeux d’un éclat mystique découvrent, dans le visage de l’autre, une
immonde grimace. La visiteuse a peur de cette voix perçante qui souffle des malices
d’une méchanceté inouïe, des allusions sordides.
«
Modzalewsky est mort,
on est
pas à un caporal-chef près…
Qu’il découvre les brouillards infestés de l’enfer, ce bon soldat. Peu importe
que ce mort pleure dans le vent... »
Là encore, mauvaise pioche Dania Modzalewskaïa, ils ne parleront pas, les ceinturons
sont bouclés, peu importe ton épuisante poursuite. Ils disent fermement gare à quiconque
se risquera à remuer le passé du soldat français. Ils disent que ce sont là des
bavardages antisoviétiques. Mais un jour d’un même mouvement, ils se mettront à genoux
récitant le Missi-Dominici afin que là haut les choses s’arrangent, car il donne
du fil à retordre le fantôme Yvan Modzalewsky.