Mauvaise pioche, Modza, au carrefour de Karaganda. Une vraie dégueulasse,
cette femme, vis à vis du soldat français, une
Allemande qui sort d’une geôle grâce au K.G.B. avant d’avoir purgé sa peine,
abandonnant le véritable époux en taule. Trop de rêves, Modza, trop rapides
les violons. Ah ! l’ensorcelante emprise des violons sauvages, endiablés,
ce pouvoir magique offert à l'épouse, ce renouveau d’apparence,
ces déshabillés
vaporeux et elle, nue dans les bras. Et toujours les chants tziganes,
le bleu de la nuit, les nuages et ces putains de violons, la sarabande
des violons
et le chat devient poupon.
Faut qu’arrive cette sollicitude policière, quand on offre un siège à Madame
dans
un grand restaurant, enfin Modza, les flics du K.G.B. ou de le Guépéou, c’est
cette invraisemblance qui réveille Modza. Eh oui ! il fallait prendre garde,
Modza, au déclic dans le combiné. Depuis des mois ils écoutent de leurs grandes
oreilles, ils te suivent dans les rues , ceux qui peuvent changer le chat en
statue,
ces répugnants plantigrades en zybline. Ça sent le roussi, Modza, et les détonations
ne sont pas célestes. C’est du flingue, Modza, du vrai, de la Kalachnikoff. Va
falloir parler en toute franchise à la table des aveux car la police possède
d’autres informations. Ils vont te faire peur avec les miradors en guise de
façade et les grilles ne sont pas ouvragées au goulag. Ils te veulent loqueteux,
en rassemblement avec les pouilleux, sous les haillons de la pluie. Ils veulent
que tu entendes la musique du fouet, que tu marches en ne sachant plus ton âge… C’est
vraiment une dégueulasse, cette dénonciatrice. A qui se fier, Modza, quand le
charme
est
consommé,
puisque même les vers vivent dans nos chairs mortes.